Objectif : je découvre quelques merveilles et cruautés du Brésil à travers des extraits d’un récit de voyage de Jean de Léry

Jean de Léry, né en 1534, est un grand voyageur et écrivain français. D’origine modeste, il apprend d’abord le métier de cordonnier puis embarque en 1556 pour la terre récemment découverte du Brésil. Là-bas, il rencontre la tribu des Indiens Tupinambas et fait de merveilleuses et déconcertantes découvertes … Une fois rentré en France, il racontera son voyage dans un ouvrage intitulé Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil.

Extrait d’Histoire d’un voyage fait en la terre du BrésilDécouverte de l’ananas, le plus excellent fruit de l’Amérique

Dans la langue des Indiens Tupinambas, “nana” signifie parfum. Ce mot désigne aussi l’ananas, fruit très parfumé que Jean de Léry décrit dans son récit de voyage.

Quant aux plantes et herbes dont je veux aussi faire mention je commencerai par celles qui, à cause de leurs fruits et de leurs effets me semblent les plus excellentes. Premièrement, la plante qui produit le fruit nommé par les sauvages ananas, est de forme semblable aux glaïeuls, et encore ayant les feuilles un peu courbées et cannelées tout autour, elles s’approchent plus de celles de l’aloès. Elle pousse aussi non seulement amoncelée comme un grand chardon, mais son fruit aussi, qui est de la grosseur d’un melon moyen, et ressemble à une pomme de pin, sans pendre ni pencher d’un côté ni de l’autre, pousse comme nos artichauts.

Et du reste, quand ces ananas sont venus à maturité, étant de couleur jaune azuré, ils ont une telle odeur de framboise, que non seulement en allant par les bois et les autres lieux où il poussent, on les sent de fort loin, mais aussi leur goût fondant dans la bouche est naturellement si doux qu’il n’y a pas de confiture de ce pays qui les surpasse : je soutiens que c’est le plus excellent fruit de l’Amérique. Et, de fait, moi-même, là-bas, j’en ai pressé un dont j’ai fait sortir près d’un verre de suc, et cette liqueur ne me semblait pas inférieure au vin de malvoisie.

Extrait d’Histoire d’un voyage fait en la terre du BrésilDécouverte du tabac

Cette herbe, à cause de la singulière vertu qu’elle a, vous allez l’entendre, est en grande estime parmi les sauvages ; et voici comment ils l’utilisent. Après qu’ils l’ont cueillie, pendue par petites poignées, et fait sécher en leurs maisons, ils en prennent quatre ou cinq feuilles qu’ils enveloppent dans une autre grande feuille d’arbre, à la façon d’un cornet d’épice ; ils y mettent alors le feu par le petit bout, et le mettant ainsi un peu allumé dans leurs bouches, ils en tirent de cette manière la fumée, qui leur ressort par les narines et par leurs lèvres trouées.

Vous ne verriez guère nos Brésiliens sans qu’ils aient chacun un cornet de cette herbe pendu au col.

La senteur n’en est pas déplaisante. Cependant je n’ai point vu les femmes en utiliser, et je ne sais quelle en est la raison ; mais je dirai bien qu’ayant moi-même expérimenté cette fumée de tabac, j’ai senti qu’elle rassasie et empêche bien d’avoir faim.

Compréhension de texte

1 – Quel effet Jean de Léry veut-il produire en décrivant l’ananas ?

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2 – À quoi compare-t-il ce fruit ? Pourquoi ?

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3 – À l’oral – À votre avis, pourquoi le tabac intrigue-t-il tout particulièrement Jean de Léry ?

Extrait d’Histoire d’un voyage fait en la terre du BrésilLa pratique du cannibalisme

Au Brésil, les Amérindiens Tupinambas tuaient et mangeaient leurs prisonniers à l’issue de combats avec les peuples voisins. Le prisonnier — ou la prisonnière — était conservé un certain temps dans le village avant d’être tué. Selon Jean de Léry, les victimes ne cherchaient pas à s’enfuir, devenant même joyeux au moment d’être mangés.

Alors, aussitôt que le prisonnier a été assommé, les vieilles femmes se présentent avec de l’eau chaude qu’elles ont toute prête, puis frottent et ébouillantent le corps mort de telle façon qu’en ayant enlevé la première peau, elles le rendent aussi blanc que les cuisiniers de chez nous rendent un cochon de lait prêt à rôtir.

Après cela, des hommes, prenant ce pauvre corps, le fendront et le mettront rapidement en pièces.


Alors, tous les morceaux du corps, et même les tripes après être bien nettoyées, sont immédiatement mis sur les boucans, auprès desquels, pendant que le tout cuit ainsi à leur mode, les vieilles femmes (qui comme j’ai dit ont un étonnant appétit de chair humaine) étant toutes assemblées pour recueillir la graisse qui dégoutte le long des bâtons de ces grandes et hautes grilles de bois, lèchent leurs doigts et disent « Yguatou », c’est-à-dire, il est bon. 

Quand la chair d’un prisonnier, ou de plusieurs (car ils en tuent quelquefois deux ou trois en un jour) est ainsi cuite, tous ceux qui ont assisté au spectacle du massacre se réjouissent de nouveau autour des boucans, sur lesquels avec coups d’œil et regards de fous ils contemplent les morceaux et les membres de leurs ennemis.

Quel que soit leur nombre, chacun, s’il est possible, avant de sortir de là en aura son morceau. Non pas cependant, comme on pourrait le penser, qu’ils fassent cela pour se nourrir ; car bien que tous avouent que cette chair humaine est merveilleusement bonne et délicate, cependant, c’est plus par vengeance, que pour le goût qu’ils le font (hormis ce que j’ai dit à propos des vieilles femmes en particulier qui en sont si friandes). Leur principale intention est qu’en poursuivant et en rongeant ainsi les morts jusqu’aux os, ils suscitent par ce moyen la crainte et l’épouvante des vivants.

Et de fait pour assouvir leurs courages cruels, tout ce qui peut se trouver sur les corps de tels prisonniers, depuis les extrémités des orteils jusqu’au nez, aux oreilles et au sommet de la tête, est entièrement mangé par eux ; j’excepte toutefois la cervelle à laquelle ils ne touchent point. Et de plus, comme nos Tupinambas conservent les crânes par monceaux dans leurs villages, comme on voit chez nous des têtes de morts dans les cimetières, la première chose qu’ils font quand les Français viennent les voir et leur rendre visite, c’est qu’en racontant leurs exploits et en leur montrant les trophées de ces crânes ainsi décharnés, ils disent qu’ils traiteront de même tous leurs ennemis.

Compréhension de texte

4 – D’après Jean de Léry, dans quel but les Tupinambas pratiquent-ils le cannibalisme ?

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2 thoughts on “Séance 4 – Jean de Léry chez les Tupinambas du Brésil, entre merveilles et cruautés”
  1. J’ai beaucoup aimer cette séance.

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