Séance 6 -Culture littéraire – Les grands explorateurs – Bougainville et les tahitiens

Objectif : je découvre un récit d’un grand explorateur ayant contribué à la naissance du mythe tahitien

Qui était Bougainville ?

Louis-Antoine de Bougainville (1729-1811) est un officier et navigateur français. En 1766, il se lance dans un voyage scientifique autour du monde : son objectif est de s’en aller reconnaître, baliser et pourquoi pas coloniser, pour le compte du roi Louis XV, les confins inexplorés du globe. Pour cela, il est notamment accompagné d’un naturaliste, d’un cartographe et d’un astronome. Ils partent de Brest le 5 décembre 1766, à bord de la frégate La Boudeuse.

Le 2 avril 1766, neuf mois après l’anglais Wallis dont il ignorait le passage, il parvient à Tahiti et est abordé par de nombreuses pirogues. Comblé de cadeaux, il débarque sur la terre-ferme et séjourne neuf jours dans l’île dont il prend possession au nom de Louis XV.

Arrivée de Bougainville dans la baie de Matavai, à Tahiti, sur la frégate la Boudeuse et la flûte l’Etoile – Gustave ALAUX (1887 – 1965)

À son retour, il publie un livre intitulé Voyage autour du monde : il y évoque le “paradis tahitien” qui fera rêver les Français de l’époque …

Extrait du voyage autour du monde de bougainville (1771)

On voit souvent les Tahitiens nus, sans autre vêtement qu’une ceinture qui leur couvre les parties naturelles. Cependant les principaux s’enveloppent ordinairement dans une grande pièce d’étoffe qu’ils laissent tomber jusqu’aux genoux. C’est aussi là le seul habillement des femmes, et elles savent l’arranger avec assez d’art pour rendre ce simple ajustement  susceptible de coquetterie. Comme les Tahitiennes ne vont jamais au soleil sans être couvertes, et qu’un petit chapeau de cannes, garni de fleurs défend leur visage de ses rayons, elles sont beaucoup plus blanches que les hommes. Elles ont les traits assez délicats ; mais ce qui les distingue, c’est la beauté de leurs corps dont les contours n’ont pas été défigurés par quinze ans de torture.

Au reste, tandis qu’en Europe les femmes se peignent en rouge les joues, celles de Tahiti se peignent d’un bleu foncé les reins et les fesses ; c’est une parure et en même temps une marque de distinction. Les hommes sont soumis à la même mode. Je ne sais comment ils s’impriment ces traits ineffaçables ; je pense que c’est en piquant la peau et en y versant le suc de certaines herbes ainsi que je l’ai vu pratiquer aux indigènes du Canada.

L’usage de se peindre y est donc une mode comme à Paris. Un autre usage de Tahiti, commun aux hommes et aux femmes, c’est de se percer les oreilles et d’y porter des perles ou des fleurs de toutes espèces. La plus grande propreté embellit encore ce peuple aimable. Ils se baignent sans cesse et jamais ils ne mangent ni ne boivent sans se laver avant et après.

Tahiti et la coutume du tatouage

Le mot tatouage vient du tahitien tatau, qui signifie marquerdessiner ou frapper. Selon les tahitiens, la pratique du tatouage serait d’origine divine et les tatouages indiqueraient le rang social d’une personne, ainsi que sa généalogie. Il s’agissait tout à la fois d’une parure pour les femme, et d’un signe de puissance pour les hommes.

Le royaume de France et la coutume du maquillage

À la même époque, dans le royaume de France, le maquillage est très codifié : on utilise du blanc de céruse pour obtenir un teint très blanc que l’on rehausse de rouge et de mouches. Par ailleurs, on porte des perruques poudrées de blanc.

Le royaume de France et la coutume du corset

Au même moment, en France, les femmes doivent porter des corsets afin d’affiner leur taille. On comprend mieux, dès lors, ce que sont les ”quinze ans de torture” évoqués par Bougainville !

Quelques pistes de lecture …

1 – Quels sont les usages du peuple tahitien qui sont admirés par Bougainville ?
2 – Avec quel autre peuple le peuple tahitien est-il comparé ? Pourquoi ?

Extrait du voyage autour du monde de bougainville (1771)

Le caractère de la nation nous a paru être doux et bienfaisant. Il ne me semble pas qu’il y ait dans l’île aucune guerre civile, aucune haine particulière, quoique le pays soit divisé en petits cantons qui ont chacun leur seigneur indépendant. Il est probable que les Tahitiens pratiquent entre eux une bonne foi dont ils ne doutent point. Qu’ils soient chez eux ou non, jour ou nuit, les maisons sont ouvertes. Chacun cueille les fruits sur le premier arbre qu’il rencontre, en prend dans la maison où il entre. Il paraîtrait que, pour les choses absolument nécessaires à la vie, il n’y ait point de propriété et que tout est à tous.

Quelques pistes de lecture …

Qu’est-ce qui caractérise les mœurs décrites dans ce dernier paragraphe ? Que pensez-vous de ce mode de vie ?

Pour aller plus loin : analyse d’image

Areaera ou Le Chien rouge, Paul Gauguin, 1892, musée d’Orsay, Paris
1 – Qui sont les personnages ? Où se trouvent-ils ?
2 – Observez les couleurs et les formes. Quels points communs unissent les personnages au paysage ?

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