Séance inaugurale – Culture littéraire – La nouvelle fantastique

Objectifs de la séquence : 1/ Je comprends ce qu’est une nouvelle et quelles sont les caractéristiques du registre fantastique 2/ je comprends comment le récit fantastique interroge les limites du réel

Qu’est-ce qu’une nouvelle ?

Une nouvelle est un récit très court, très en vogue au 19e siècle. Tout au long de ce siècle, les journaux – en plein essor – consacraient souvent quelques pages à la publication de nouvelles. Guy de Maupassant (1850-1893), l’un des grands maîtres du genre de la nouvelle, en publiait régulièrement dans les journaux.

Le journal « Gil Blas » publiait régulièrement des nouvelles de Maupassant

Qu’est-ce que le fantastique ?


Le mot fantastique vient du grec phantasia qui signifie imagination. Le fantastique prend son essor au 19e siècle dans différents arts : littérature, peinture, musique. Le fantastique se caractérise par l’irruption du surnaturel dans un cadre réaliste. Il fait souvent intervenir des créatures surnaturelles comme les fantômes, les vampires, les démons, etc. Il explore également les thèmes de la peur, de l’angoisse et de la folie. Le genre est notamment popularisé par Guy de Maupassant.

La mort arrive à la table du banquet par Giovanni Martinelli – Vers 1635
La reproduction interdite de René Magritte (1937)

D’après vous, en quoi ces peintures relèvent-elles du fantastique ?

Les grands thèmes du fantastique
Le romancier américain H.P. Lovecraft disait : “La plus vieille et la plus forte émotion de l’humanité est la peur ; et la forme de peur la plus ancienne et la plus forte est celle de l’inconnu”. Le fantastique, qui doit donc générer la peur de l’inconnu, met en scène des phénomènes étranges extérieurs à l’homme, comme les fantômes, les vampires, les démons, etc.

Les fantômes

Le mythe du fantôme existe depuis très longtemps. Déjà, dans l’Antiquité romaine, on croyait aux lémures : les lémures étaient les âmes damnées d’hommes ou de femmes qui avaient connu une mort particulièrement tragique ou violente : ils revenaient hanter les demeures des vivants.

Les vampires

Le mythe du vampire est propagé au 18ème siècle en Europe. Le personnage de vampire le plus connu est le Dracula de l’écrivain Bram Stoker, créé en 1897.

Le diable

Le mythe du diable (diabolus en latin, διάβολος en grec ancien) personnifie dans de nombreuses civilisations l’esprit du mal. Le thème du pacte avec le Diable est fréquent dans la littérature fantastique.

Le fantastique serait-il lié à la folie ?
L’étude de la folie humaine a beaucoup inspiré les écrivains fantastiques : certains phénomènes étranges pourraient être des tours que nous joue notre cerveau. La médecine du 19e siècle s’intéresse au problème des maladies mentales et Guy de Maupassant lui-même fut interné pour cause de folie !

Le Cri d’Edvard Munch 1893
Qu’attendez-vous d’un récit fantastique ? Pouvez-vous donner le titre d’un récit fantastique ?

Rayyân a répondu …

On peut attendre d’un récit fantastique des choses surnaturelles.

Le fantastique dans l’Antiquité

La littérature fantastique est particulièrement en vogue au 19e siècle. Mais le genre existe en fait depuis l’Antiquité, comme en témoigne ce récit de Pline Le Jeune ( qui serait mort vers l’an 113), originellement écrit en latin.

« La maison hantée » de Pline Le Jeune

Il y avait à Athènes une maison spacieuse et commode, mais mal famée et funeste. Pendant le silence de la nuit, on entendait un bruit de ferraille, et si l’on prêtait l’oreille, un fracas de chaînes résonnait, assez loin d’abord,puis tout près. Bientôt apparaissait un spectre : c’était un vieillard, accablé de maigreur et de misère, avec une longue barbe et des cheveux hirsutes. Il avait aux pieds des entraves, et aux mains des chaînes qu’il secouait. De là, pour les habitants, des nuits affreuses et sinistres, qu’ils passaient à veiller dans la terreur, ; ces veilles amenaient la maladie, et l’épouvante croissant toujours, la mort. Car même pendant le jour, quoique le fantôme eût disparu, son souvenir restait devant les yeux, et la peur durait plus que la cause de la peur. Aussi la maison, abandonnée et condamnée à la solitude, fut-elle laissée tout entière au spectre. On y avait pourtant mis une pancarte, dans l’espoir que quelqu’un, dans l’ignorance d’un si grand fléau voudrait l’acheter ou la louer.

Le philosophe Athénodore vient à Athènes, lit l’écriteau, connaît le prix et la modicité lui inspire des soupçons ; il s’informe, apprend tout, et ne se décide que mieux à la louer. Aux approches du soir, il se fait dresser un lit de travail dans la première pièce de la maison, demande ses tablettes, son stylet, de la lumière ; il renvoie tous ses gens dans les pièces du fond ; pour lui, il applique à écrire son esprit, ses yeux, sa main, de peur que son imagination oisive ne lui représente des fantômes bruyants et de vaines terreurs.

Ce fut d’abord, comme partout, le profond silence de la nuit ; puis un battement de fer, un remuement de chaînes. Lui ne lève pas les yeux, ne quitte pas son stylet, mais affermit son attention et s’en fait un rempart devant ses oreilles. Le fracas augmente, se rapproche et voilà qu’il retentit sur le seuil, voilà qu’il franchit le seuil. Le philosophe se retourne, il voit, il reconnaît l’apparition qu’on lui a décrite. Elle se dressait, immobile, et, d’un signe du doigt,semblait l’appeler. Athénodore, d’un geste lui demande d’attendre un moment et se penche de nouveau sur ses tablettes et son poinçon. Elle, tandis qu’il écrivait, faisait résonner ses chaînes sur sa tête. Il se retourne et la voit répéter le même signe qu’auparavant.

Alors, sans plus tarder, il prend la lumière, et suit l’apparition. Elle marchait d’un pas lent, comme alourdie par ses chaînes. Arrivée dans la cour de la maison, elle s’évanouit tout à coup, plantant là son compagnon. Resté seul, il fait un tas d’herbes et de feuilles pour marquer l’endroit.

Le lendemain, il va trouver les magistrats, il leur demande de faire fouiller ce lieu. On y découvre des ossements emmêlés et enlacés dans des chaînes : le corps, réduit en poussière par le temps et par la terre, les avait laissés nus et usés par les chaînes. On les recueille et on les ensevelit publiquement.

Dès que ces *mânes eurent été ensevelies selon les rites, la maison fut délivrée.

*âmes des morts dans la religion romaine

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