Séance 7 – Culture littéraire – La main de Guy de Maupassant : une vendetta ?

Qu’est-ce qu’une vendetta ?

La vendetta est une coutume corse, par laquelle les membres de deux familles ennemies poursuivent une vengeance réciproque jusqu’au crime
La main de Guy de Maupassant

Une année entière s’écoula. Or un matin, vers la fin de novembre, mon domestique me réveilla en m’annonçant que sir John Rowell avait été assassiné dans la nuit.
Une demi-heure plus tard, je pénétrais dans la maison de l’Anglais avec le commissaire central et le capitaine de gendarmerie. Le valet, éperdu et désespéré, pleurait devant la porte. Je soupçonnai d’abord cet homme, mais il était innocent.
On ne put jamais trouver le coupable.
En entrant dans le salon de sir John, j’aperçus du premier coup d’œil le cadavre étendu sur le dos, au milieu de la pièce.
Le gilet était déchiré, une manche arrachée pendait, tout annonçait qu’une lutte terrible avait eu lieu.
L’Anglais était mort étranglé ! Sa figure noire et gonflée, effrayante, semblait exprimer une épouvante abominable ; il tenait entre ses dents serrées quelque chose ; et le cou, percé de cinq trous qu’on aurait dit faits avec des pointes de fer, était couvert de sang.
Un médecin nous rejoignit. Il examina longtemps les traces des doigts dans la chair et prononça ces étranges paroles :
— On dirait qu’il a été étranglé par un squelette.
Un frisson me passa dans le dos, et je jetai les yeux sur le mur, à la place où j’avais vu jadis l’horrible main d’écorché. Elle n’y était plus. La chaîne, brisée, pendait.
Alors je me baissai vers le mort, et je trouvai dans sa bouche crispée un des doigts de cette main disparue, coupé ou plutôt scié par les dents juste à la deuxième phalange.
Puis on procéda aux constatations. On ne découvrit rien. Aucune porte n’avait été forcée, aucune fenêtre, aucun meuble. Les deux chiens de garde ne s’étaient pas réveillés.
Voici, en quelques mots, la déposition du domestique :
« Depuis un mois, son maître semblait agité. Il avait reçu beaucoup de lettres, brûlées à mesure.
« Souvent, prenant une cravache, dans une colère qui semblait de la démence, il avait frappé avec fureur cette main séchée, scellée au mur et enlevée, on ne sait comment, à l’heure même du crime.
« Il se couchait fort tard et s’enfermait avec soin. Il avait toujours des armes à portée du bras. Souvent, la nuit, il parlait haut, comme s’il se fût querellé avec quelqu’un. »
Cette nuit-là, par hasard, il n’avait fait aucun bruit, et c’est seulement en venant ouvrir les fenêtres que le serviteur avait trouvé sir John assassiné. Il ne soupçonnait personne.
Je communiquai ce que je savais du mort aux magistrats et aux officiers de la force publique, et on fit dans toute l’île une enquête minutieuse. On ne découvrit rien.
Or, une nuit, trois mois après le crime, j’eus un affreux cauchemar. Il me sembla que je voyais la main, l’horrible main, courir comme un scorpion ou comme une araignée le long de mes rideaux et de mes murs. Trois fois, je me réveillai, trois fois je me rendormis, trois fois je revis le hideux débris galoper autour de ma chambre en remuant les doigts comme des pattes.
Le lendemain, on me l’apporta, trouvé dans le cimetière, sur la tombe de sir John Rowell, enterré là ; car on n’avait pu découvrir sa famille. L’index manquait.
Voilà, mesdames, mon histoire. Je ne sais rien de plus.
*
Les femmes, éperdues, étaient pâles, frissonnantes. Une d’elles s’écria :
— Mais ce n’est pas un dénouement cela, ni une explication ! Nous n’allons pas dormir si vous ne nous dites pas ce qui s’était passé, selon vous.
Le magistrat sourit avec sévérité :
— Oh ! moi, mesdames, je vais gâter, certes, vos rêves terribles. Je pense tout simplement que le légitime propriétaire de la main n’était pas mort, qu’il est venu la chercher avec celle qui lui restait. Mais je n’ai pu savoir comment il a fait, par exemple. C’est là une sorte de vendetta.
Une des femmes murmura :
— Non, ça ne doit pas être ainsi.
Et le juge d’instruction, souriant toujours, conclut :
— Je vous avais bien dit que mon explication ne vous irait pas.

Quelques pistes de lecture …

1 – Un an après la visite du juge Bermutier, John Rowell est retrouvé mort. Le juge vient observer la scène du crime. Est-ce réaliste ? Que sait-on de la cause de la mort ?

Dyna a répondu …

La scène du crime paraît à première vue extrêmement réaliste. Tous les détails nous sont donnés (position du cadavre, aspect de sa figure, etc). La cause de la mort est l’étranglement.
2 – Quels sont les détails étranges qui viennent d’ajouter à cette scène et qui lui donnent un caractère fantastique ?

Flora a répondu …

Les détails étranges qui viennent s’ajouter à cette scène, et qui lui donnent un caractère fantastique, sont les suivants : le médecin dit qu’il semble que Sir John Rowell ait été étranglé par un squelette / la main d’écorché ne pend plus au mur / un des doigts de la main d’écorché est retrouvé dans la bouche de Sir John Rowell.
3 – Qu’est-ce que la déposition du domestique nous apprend sur les circonstances précédant la mort de Sir John Rowell ?

Flora a répondu …

La déposition du domestique nous apprend que Sir John Rowell semblait agité ces derniers temps, qu’il recevait beaucoup de lettres et qu’il avait un jour frappé la main avec fureur. Elle nous apprend aussi qu’il avait toujours des armes à portée de main et qu’il parlait souvent tout seul pendant la nuit, comme s’il se disputait avec quelqu’un.
4 – À votre avis, quel rôle la main a t-elle joué dans le meurtre de Sir John Rowell ?

Flora et Rayyân ont répondu ….

A mon avis, la main d’écorché a étranglé Sir John Rowell
5 – Quelle est l’explication du juge Bermutier sur le meurtre ? Est-elle rationnelle ?

Dyna a répondu …

Selon le juge Bermutier, celui qui a étranglé Sir John Rowell est le légitime propriétaire de la main. Le juge suppose donc que ce dernier aurait voulu se venger (il parle de vendetta). Cette explication est rationnelle.

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