Séance 4 bis – Roxane, une précieuse

Qu’est-ce que le mouvement des Précieuses ?

Au 17ème siècle, les Précieuses sont des dames nobles qui aime à se réunir dans leur chambre à coucher pour y causer de littérature et pour y écrire des poèmes d’amour. Au siècle suivant, qui fut celui des Lumières, les nobles et bourgeois cultivés prirent l’habitude de se réunir non plus dans les chambres, mais dans des « salons littéraires”

Madeleine de Scudéry

Célèbre Précieuse, Madeleine de Scudéry tient un célèbre salon littéraire dans son hôtel du quartier du Marais à Paris.

Au XVIIe siècle, une mode, à laquelle beaucoup de femmes adhèrent, s’intensifie : celle des salons littéraires, très populaires auprès de l’élite qui désire être bien vue. Lorsque madame de Scudéry, à l’exemple de la marquise de Rambouillet, décide de fonder son propre salon, elle voit accourir le Tout-Paris chez elle.

Toute dévouée à son cercle littéraire, cette hôtesse hors pair n’a jamais cessé de défendre la cause féminine, voire féministe. Disciple de l’égalité sexuelle, écrivaine à part entière, madame de Scudéry, qui, soit dit en passant, ne s’est jamais mariée, se révèle une ardente partisane de la préciosité, où l’amour devient matière à gymnastique spirituelle.

Ainsi, l’amant modèle doit refléter l’idéal amoureux par ses manières raffinées, son langage métaphorique et une courtoisie sans égale. Toute grossièreté est condamnée. Seules la subtilité et la sensibilité doivent occuper le haut du pavé. Une précieuse qui se respecte congédie sur-le-champ le malotru qui fait fi du cérémonial courtois.

La carte du tendre

La carte du Tendre est la carte d’un pays imaginaire appelé “Tendre” inventé au 17ème siècle par certaines Précieuses. Sur cette carte, on trouve tracées, sous forme de villages et de chemins, les différentes étapes de la vie amoureuse.

Le discours des Précieuses

Le discours des Précieuses se veut raffiné. On fait usage de périphrases hyperboliques : les yeux sont par exemple les “miroirs de l’âme”. Certaines expressions ont subsisté dans le français actuel, comme « châtier la langue », « un billet doux », « le mot me manque », « avoir de l’esprit », « briller dans la conversation ». Mais parfois, les Précieuses en font un peu trop et sombrent dans le ridicule : c’est pourquoi Molière se moque d’elles dans “Les Précieuses ridicules”

Extrait des précieuses ridicules (1659)

Magdelon et Cathos, deux précieuses, reprochent à leur père et oncle Gorgibus de les appeler par leurs noms de baptême, qu’elles jugent vulgaires. Par ailleurs, elles refusent les projets de mariages arrangés par Gorgibus.

GORGIBUS .-  Comment, ces noms étranges ? Ne sont-ce pas vos noms de baptême ?

MAGDELON – Mon Dieu, que vous êtes vulgaire ! Pour moi un de mes étonnements, c’est que vous ayez pu faire une fille si spirituelle  que moi. A-t-on jamais parlé dans le beau style de Cathos ni de Magdelon ? et ne m’avouerez-vous pas que ce serait assez d’un de ces noms, pour décrier le plus beau roman du monde ?

CATHOS – Il est vrai, mon oncle, qu’une oreille un peu délicate pâtit furieusement à entendre prononcer ces mots-là, et le nom de Polyxène, que ma cousine a choisi, et celui d’Aminte, que je me suis donné, ont une grâce, dont il faut que vous demeuriez d’accord.

GORGIBUS. –  Écoutez ; il n’y a qu’un mot qui serve. Je n’entends point que vous ayez d’autres noms, que ceux qui vous ont été donnés par vos parrains et marraines, et pour ces Messieurs, dont il est question je connais leurs familles et leurs biens, et je veux résolûment que vous vous disposiez à les recevoir pour maris. Je me lasse de vous avoir sur les bras, et la garde de deux filles est une charge un peu trop pesante, pour un homme de mon âge.

CATHOS. – Pour moi, mon oncle, tout ce que je vous puis dire c’est que je trouve le mariage une chose tout à fait choquante. Comment est-ce qu’on peut souffrir la pensée de coucher contre un homme vraiment nu ?

Extrait des précieuses ridicules (1659)

Magdelon et Cathos rencontrent Mascarille, qui aime faire le bel esprit.

MASCARILLE, après s’être peigné – Eh bien, Mesdames, que dites-vous de Paris ?

MAGDELON. – Hélas ! qu’en pourrions-nous dire ? Il faudrait être l’antipode de la raison, pour ne pas confesser que Paris est le grand bureau des merveilles, le centre du bon goût, du bel esprit et de la galanterie.

MASCARILLE.- Pour moi, je tiens que hors de Paris, il n’y a point de salut pour les honnêtes gens.

CATHOS. – C’est une vérité incontestable.

MASCARILLE. – Il y fait un peu crotté, mais nous avons la chaise.

MAGDELON. – Il est vrai que la chaise est un retranchement merveilleux contre les insultes de la boue, et du mauvais temps.

Sauriez-vous comprendre le sens des expressions précieuses suivantes ?

Le conseiller de la beauté
Donner dans l’amour permis
L’interprète muet des cœurs

a) le papier
b) le regard
c) le corps
Le paradis des oreilles

a) le chant
b) la musique
c) le silence
Les filles de la douleur et de la joie

a) les larmes
b) les moqueries
c) l’accouchement
L’empire de Morphée

a) le lit
b) le rêve
c) le sommeil
Les chers souffrants

a) les malades
b) les souvenirs
c) les pieds
Le supplément du soleil

a) le feu
b) la lumière
c) la chandelle
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