Cliquez ici pour savoir ce qu’est le noppera-bō dans le folklore japonais

Un Noppera-bō est une créature à l’apparence humaine qui a la faculté d’effacer tous les traits de son visage (yeux, nez, bouche…) pour ne laisser qu’une étendue de peau lisse. Très effrayante, cette créature apparaît dans de nombreux contes racontés dans l’intention de faire peur, mais le Noppera-bo n’est généralement pas une créature violente.

Lecture du conteNoppera-bō (のっぺら坊)

Sur la route d’Akasaka, près de Tokyō, il y a une grande côte appelée Kii-no-kuni-zaka, ce qui veut dire «la côte de la province de Kii». D’un côté de cette côte, il y a un grand fossé, très raide et très profond, et de l’autre côté, les murs d’un palais impérial. Bien avant l’ère des lanternes, dès que la nuit tombait, cet endroit devenait désert, et plus personne ne marchait sur cette côte. Les piétons attardés préféraient faire un grand détour plutôt que de prendre cette route. Personne ne voulait gravir le Kii-no-kuni-zaka, seul, après le coucher du soleil… En effet, on racontait qu’un fantôme sans visage, un noppera-bō, s’y promenait … Le dernier à avoir vu ce fantôme, ou plutôt le dernier à avoir gravi cette côte, était un vieil homme du nom de Tanaka.

Voici l’aventure qu’il a vécue, telle qu’elle m’a été racontée par ses descendants.

Un soir, très tard, Tanaka voulait rentrer chez lui rapidement. Il hésita entre le grand détour, et la côte de Ki-no-kuni-zaka, et finalement il choisit cette dernière option, la plus courte …

Il s’engagea donc sur la côte, et commença à la gravir rapidement. Il aperçut alors une jeune fille qui se tenait accroupie au bord du fossé. Elle était toute seule et elle pleurait amèrement, en regardant le fossé en contrebas. En voyant cela, le vieux marchand eut peur, et pensa qu’elle voulait se suicider, vu la façon dont elle se tenait là, au bord du vide. Il s’approcha donc d’elle pour lui porter secours. La jeune femme était menue, gracieuse, très richement vêtue, et sa coiffure était celle d’une jeune-fille de bonne famille.

– Ô Jôchû, ne pleurez pas ainsi, dites-moi quel est votre chagrin, je serais heureux de pouvoir vous aider…
La jeune fille pleurait toujours, et cachait son visage à l’aide des longues manches de son kimono.

– Ô mademoiselle, ne restez pas ici, ce n’est pas un endroit convenable pour une jeune fille comme vous.
La jeune fille pleurait toujours, son visage dans ses longues manches
– Allons, ne pleurez plus, racontez-moi ce qui vous rend aussi triste…
La jeune fille se releva lentement, toujours en pleurant, et toujours le visage dans ses manches.
– Allons allons, séchez vos larmes, votre tristesse est si grande que cela ?

À ce moment là, la jeune fille se retourna brusquement vers le marchand, laissa tomber sa manche, et caressa son visage avec sa main…
Il était pareil à un œuf : elle n’avait ni bouche, ni yeux, ni nez !


Le vieillard prit ses jambes à son cou et s’enfuit en hurlant. Il se mit à courir le long de la côte noire et déserte qui s’étendait devant lui, le plus vite possible, de toutes ses forces. Il courut sans s’arrêter et sans oser regarder en arrière. Il aperçut au loin, en haut de la côte, une lumière… C’était une lanterne qui brillait, la lanterne d’un marchand de nouilles ambulant. Celui-ci avait dressé son étal en haut de la côte, au bord de la route. Le pauvre vieillard essoufflé était bien content de voir un être humain, quel qu’il fut ! Alors, essoufflé, il se prosterna aux pieds de la cahute du marchand.

– Ah… Ah…. Ah…. Ouf…
Le marchand de nouilles, le dos tourné, occupé à s’affairer auprès de ses fourneaux s’adressa à lui.
– Eh bien vieil homme, qu’avez-vous donc ? On vous a fait du mal ? Pouquoi criez-vous ainsi ?
– Non, non, on ne m’a pas fait mal mais ah là là….
– On vous a effrayé en tout cas, vous avez l’air d’avoir sacrément eu peur ! Un voleur peut-être ?
– Non, pas un voleur mais ah… Près du fossé, j’ai vu… J’ai aperçu…. une femme qui m’a fait voir… Ah…. non, jamais, jamais je ne pourrais vous dire ce qu’elle m’a montré….
Le marchand de nouilles avait toujours le dos tourné, mais il continuait à discuter avec le vieil homme.
– Allez-y, je peux tout entendre vous savez…
– Et bien elle… elle… Elle m’a montré son visage…
– Était-elle belle ?
– Non, elle… Elle n’avait pas de visage vous comprenez, pas de visage !
– Ha ! ha ! ha !
– Pourquoi riez-vous ainsi ? Cette chose c’était… Elle était effrayante. La chose la plus effrayante que j’ai pu voir dans ma vie !
– Voulez-vous un bol de nouilles pour vous remettre de vos émotions vieil homme ?
– Oh oui, volontiers… Je crois que j’en ai bien besoin. Je voulais rentrer tôt chez moi mais je crois que j’ai besoin de réconfort, votre proposition est la bienvenue.

Le marchand se retourna, et posa devant le vieux Tanaka un bol de soba brûlant. Le vieillard alors prit le bol de soupe et regarda le marchand. Celui-ci se caressa le visage. Et son visage devint, aussitôt, pareil à un œuf… Il n’avait ni bouche, ni yeux, ni nez ! De peur, Tanaka laissa tomber son bol, et au même instant, la lanterne de la cahute s’éteignit. On n’entendit plus que le bol qui roulait, roulait, roulait, jusqu’en bas de la côte de Kii-no-kuni-zaka.

Compréhension de texte

1 – D’après vous, qu’est-ce qui rend le noppera-bō particulièrement effrayant ?

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2 – Quel célèbre mangaka japonais s’est inspiré du noppera-bô pour créer un « monstre » dans un de ses animés ?

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