Séance 6 – Culture littéraie – refuser la guerre – peut-on refuser la guerre ?

Objectif : je réfléchis à la question : peut-on refuser la guerre ?

Lors de la séance 5, nous avons étudié deux extraits du roman Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. Nous y avons rencontré Bardamu sur les champs de bataille.

Dans ce nouvel extrait, Ferdinand Bardamu est en permission auprès de sa petite amie Lola. Il explique à cette dernière qu’il ose “refuser la guerre”. Mais selon Lola, une telle attitude est antipatriotique …

Extrait de voyage au bout de la nuit

« – Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat…
– Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi. Je ne pleurniche pas dessus moi… Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient- ils neuf cent quatre- vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir.
– Mais c’est impossible de refuser la guerre, Ferdinand ! Il n’y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand leur Patrie est en danger…
– Alors vivent les fous et les lâches ! Ou plutôt survivent les fous et les lâches ! Vous souvenez- vous d’un seul nom par exemple, Lola, d’un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent Ans1 ?…. Avez- vous jamais cherché à en connaître un seul de ces noms ?…. Non, n’est- ce pas ?…. Vous n’avez jamais cherché ? Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de ce presse- papier devant nous […]. Voyez donc bien qu’ils soient morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins ! Je vous l’affirme ! La preuve est faite ! Il n’y a que la vie qui compte. Dans dix mille ans d’ici, je vous fais le pari que cette guerre, si remarquable qu’elle nous paraisse à présent, sera complètement oubliée. À peine une douzaine d’érudits se chamailleront encore par-ci, par-là, à son occasion et à propos des dates des principales hécatombes dont elle fut illustrée… C’est tout ce que les hommes ont réussi jusqu’ici à trouver de mémorable au sujet les uns des autres à quelques siècles, quelques années et même à quelques heures de distance… Je ne crois pas à l’avenir, Lola… »

Lorsqu’elle découvrit à quel point j’étais devenu fanfaron de mon honteux état, elle cessa de me trouver pitoyable le moins du monde… Méprisable elle me jugea, définitivement.

Elle résolut de me quitter sur-le-champ. C’en était trop. En la reconduisant jusqu’au portillon de notre hospice ce soir- là, elle ne m’embrassa pas.

Décidément, il lui était impossible d’admettre qu’un condamné à mort n’ait pas en même temps reçu la vocation.

1. La guerre de Cent Ans a duré de 1337 à 1453, mais n’a officiellement pris fin qu’en 1475. Elle fut le théâtre des affrontements entre deux dynasties, celle des Plantegenêt (Angleterre) et celle des Valois (France), toutes deux aspirant au trône du royaume de France.

Quelques pistes de lecture …

1 – Quels sont les arguments de Ferdinand Bardamu pour refuser la guerre ?
2 – Lola pense t-elle qu’il soit possible de refuser la guerre ? Quels arguments utilise t-elle ? Son attitude est-elle représentative de l’état d’esprit des gens de l’arrière ?
3 – Êtes-vous plus convaincu par l’argumentation de Bardamu ou par celle de Lola ?
4 – À votre avis, que risque Bardamu à refuser la guerre ?

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