Séance 3 – le roman de renart – La pêche miraculeuse d’Ysengrin

Objectif : je découvre un épisode dans lequel Renart joue un mauvais tour à son oncle Ysengrin

Notre habitude est d’associer loup et férocité. Mais dans le Roman de Renart, le loup Ysengrin est surtout un idiot qui se fait manipuler par Renart. En effet, ce dernier le convainc de pêcher avec sa queue dans le trou d’un lac gelé, et Ysengrin reste donc coincé …

C’était un peu avant Noël. Les gens étaient occupés de toutes parts à tuer, dépecer, saler leurs porcs ; et boudins, saucisses, andouilles, s’entassaient au garde-manger.

Ysengrin voulut prendre part à la réjouissance universelle et faire, lui aussi, une bonne ripaille.

Il va trouver Renard.

– Dites-moi, beau neveu, où donc trouvâtes- vous ces anguilles délicieuses que vous me fîtes goûter l’autre jour, et dont le fumet est encore présent à mon souvenir ?
– Je les pêchai moi-même dans un vivier tout près d’ici.
– Vraiment ! serait-il indiscret de vous en demander le chemin ?
– Pas le moins du monde. Ce m’est une joie, au contraire, de vous faire profiter de mes bonnes aubaines.
– C’est trop de complaisance, Renard.
– Partons donc, mon cher oncle, et, si vous suivez bien mes instructions, je puis vous promettre une pêche miraculeuse.

La nuit était claire et glaciale, et l’étang se trouvait fortement gelé. On n’y voyait qu’un trou, que les paysans entretenaient soigneusement et près duquel ils déposaient le seau qui leur servait à puiser de l’eau.

– Voici l’endroit et voici l’instrument, fit Renard. Quand je veux du poisson, c’est là que je viens. Je me fais attacher le seau à la queue et j’attends patiemment. Dès que le seau me semble plein, je le tire hors de l’eau et j’apporte ma pêche à Ermeline qui en fait ce que vous savez.

– Ermeline est une cuisinière de tout premier ordre, remarqua Ysengrin avec courtoisie.

– Giremonde ne lui est pas inférieure, fit Renard en retournant la politesse. Je n’oublie pas cette petite rate qu’elle accommoda l’autre jour à mon intention. Là, mon oncle, vous voilà installé,… Le seau solidement attaché plonge bien dans le trou, vous n’avez qu’un peu de patience à prendre. Quant à moi, je reste dans ces parages à guetter les lapins de la garenne, qui sortent quelquefois au clair de lune pour se dégourdir les jambes,… tout prêt, naturellement, à vous donner un coup de main si besoin en était.

– Bonne chasse, Renard ! – Bonne pêche, Ysengrin !



Tapi sous un buisson voisin, la tête entre les pieds, Renard ne quitte pas de l’œil son compère qui, posé sur le bord du trou, la queue plongeant en partie, attend le poisson. Or, comme le froid est extrême, l’eau ne tarde pas à se figer, puis à se transformer en glace qui serre fortement la queue d’Ysengrin. Se sentant tiraillé, il croit que le seau s’alourdit parce que le poisson y arrive en quantité et il se réjouit.

– Tant de poisson en si peu de temps ! songe- t-il, Renard avait raison de m’annoncer une pêche miraculeuse.

Toutefois, incommodé par ce qu’il croit le poids du seau, il se décide à regagner le bord de l’étang. Mais la glace a pris de la consistance, le trou s’est fermé, serrant la queue d’Ysengrin, qui ne peut plus bouger. Il s’agite, se démène, tire en avant, puis à droite, puis à gauche. Vains efforts, la glace ne cède point.

À la fin, il se décide à appeler Renard.

– Je suis fatigué et j’ai froid, dit-il, je voudrais bien sortir, mais il y a tant de poisson dans le seau que je ne peux la soulever. Venez donc à mon aide, beau neveu.

Renard qui faisait semblant de dormir, relève la tête et, avec un feint étonnement :

– Quoi ! mon oncle, vous êtes encore là ! Le jour va poindre, hâtez-vous donc de fuir.
– Mais je te dis que le seau est trop lourd et que je ne peux bouger.
– Ah ! fait Renard sur un ton de gronderie paternelle, vous en avez voulu trop prendre. Le sage a bien raison de dire : « Qui trop désire, tout perd. »

Quelques pistes de lecture …

Qu’arrive t-il à Ysengrin ? S’en rend-il compte ?

Voulez-vous connaître la fin de l’histoire ? Avec l’aube viennent des chasseurs qui se jettent sur le loup. Un coup d’épée maladroit lui tranche la queue. Ysengrin prendra la fuite sans demander son reste.

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