Séance 2 – Les explorateurs d’aujourd’hui – Mamytwink – Le Fort des nuages

Objectif : Je découvre l’exploration du fort du mont Chaberton

À la fin du 19e siècle, des militaires italiens font bâtir un fort militaire sur le mont Chaberton, un sommet des Alpes qui culmine à plus de 3100 mètres d’altitude et qui se situe à la frontière franco-italienne. Quelques dizaines d’années plus tard, lorsque l’Italie entre en guerre contre la France en 1940, le fort des nuages est armé et menace la France, qui riposte avec succès.

Expédition en haute montagne

La vallée baigne dans la lumière dorée de cette fin d’après-midi. Un souffle doux fait bruisser l’herbe grasse de la plaine et les nuages sombres d’un récent orage filent au loin, léchant le sommet ciselé des Alpes. Une marmotte s’aventure en dehors de son terrier et traverse le lit asséché d’une rivière. Le sentier, bordé de sapins, serpente entre les rochers, remontant le cours d’eau. Je lève la tête et observe la montagne colossale que François, Julien et moi nous apprêtons à gravir. L’important massif rocailleux domine le plateau. Sur son sommet rasé, huit minuscules cylindres se dessinent. Le cuirassé des Nuages veille toujours sur le monde depuis son trône à plus de 3 100 mètres d’altitude. Nous nous arrêtons un instant pour observer notre objectif. L’expédition qui nous attend est encore longue et le soleil commence déjà à décliner.

Le cuirassé des nuages

Voilà déjà quatre heures que nous gravissons la montagne. Nous n’avons croisé le chemin d’aucun autre randonneur depuis le début de notre expédition. À mesure que nous progressons dans ce paysage désolé, les premières traces de fortifications se dévoilent. Des barbelés rouillés bloquent encore certaines parties de la route, et des bunkers, enfouis dans la roche, parsèment le massif. Le temps défile et la nuit nous engloutit. Le paysage qui nous entoure est si sombre que nous avons l’impression de gravir le flanc d’un volcan. Ce décor surréaliste nous rappelle le Mordor de Tolkien.

Dans cet environnement stérile, les maigres faisceaux de nos lampes frontales percent les ténèbres grandissantes et balaient le tracé de pierre. Alors que Julien et moi grimpons péniblement la pente, François est à la traîne. Depuis le départ, il est pris de violents maux de ventre et de crampes. Je me demande avec inquiétude s’il parviendra au sommet. Notre ami nous rejoint finalement après quelques minutes. Il n’est plus que l’ombre de lui-même. Livide, les traits marqués, François est voûté, comme accablé par le fardeau qu’il porte sur le dos. Ses pas sont fébriles. Il hésite même à s’arrêter là ! Pas question ! À cette altitude et dans ces conditions, c’est une très mauvaise idée. Nous ne devons absolument pas nous séparer. Je rassure mon acolyte et l’encourage à poursuivre : « Plus que 300 mètres de dénivelé ! T’as déjà fait le plus dur, tu vas y arriver ! » François puise dans ses dernières forces pour reprendre la marche.

L’altimètre de mon téléphone m’indique que nous avons dépassé les 2 800 mètres d’altitude. Dans l’obscurité totale, nous cheminons le long des lacets pour atteindre enfin la cime du Chaberton. Hourrah ! Nous y voilà ! Les huit tours monumentales parfaitement alignées sur le sommet aplani de la montagne nous accueillent. Privées de leurs cloches et de leurs canons d’origine, elles portent les stigmates des âpres combats de juin 1940. Éventrées, parfois même sur le point de s’effondrer, elles constituent pour nous un rempart salutaire face au vent. Au pied de la plus solide d’entre elles, François et Julien déploient deux tentes. De mon côté, je me presse d’enlever mes vêtements trempés de sueur pour passer des habits secs et chauds. Il gèle ici, la température a plongé en dessous de zéro degré.
 
Tremblotant, j’empile quelques épais blocs qui feront office de cuisine. J’allume le réchaud et vide une brique de soupe dans la gamelle que je pose sur le feu. Le fumet de légumes qui embaume l’atmosphère et le minuscule foyer de chaleur prennent à cette altitude des allures de festin. Voilà de quoi raviver la motivation du groupe ! Après avoir avalé un gobelet du bouillon, François s’effondre sous sa tente, épuisé. Pas de temps à perdre, Julien et moi dévalons un monticule de pierre et partons explorer les entrailles du cuirassé des Nuages. L’excitation a complètement chassé la fatigue, nous avons hâte de découvrir les secrets que recèle le fort !

Quelques pistes de lecture ….

1 – Pourquoi le narrateur compare t-il ce paysage montagnard au Mordor de Tolkien ?

Le narrateur compare ce paysage montagnard au Mordor de Tolkien car il s’agit d’un paysage stérile et désolé.

2 – Lisez le deuxième paragraphe. A quelles difficultés les explorateurs sont-ils confrontés lors de cette ascension ?

Lors de cette ascension, les explorateurs sont confrontés au froid et à la difficulté de randonner dans des ténèbres grandissantes et sur un parcours difficile.

3 – Décrivez le fort de guerre. Dans quel état est-il ?

Le fort de guerre est en mauvais état : il a été abîmé à la fois par le temps et par les combats de juin 1940 (pendant lesquels il a été touché par des tirs de mortiers français)

L’exploration du fort

Le fort soutenant les huit tours s’étend à flanc de montagne. Il est parcouru par une longue galerie voûtée sur plus de 100 mètres. À l’abri du soleil, la neige accumulée s’est figée en une épaisse couche de glace. Par endroits, la congère obstrue pratiquement le passage. C’est par ces couloirs que les soldats accédaient à leurs postes de combat et transportaient les obus jusqu’aux canons. Bien emmitouflés et équipés de nos lampes torches, nous parcourons prudemment la coursive. L’édifice, fragilisé par le pilonnage de l’artillerie française, n’est pas sans danger : effondrement, trous dans le vide et pieux de métal rouillés cachés sous la neige, cette exploration n’est pas à prendre à la légère.

Sur notre droite, les ouvertures menant aux tours laissent entrevoir les entrailles de la machine de guerre. Ne subsiste plus que la structure métallique des anciens escaliers en colimaçon qui menaient aux postes de tir. À proximité de là, un monte-charge rouillé nous révèle comment les militaires italiens approvisionnaient les canons en munitions. Arcboutés, parfois même accroupis sur l’immense langue de glace éternelle, nous cheminons avec lenteur dans la fortification.

Une nouvelle salle suscite notre curiosité. Lambrissée de planches en bois et couverte d’une peinture bleue craquelée, elle cache une relique du passé : « Quando tuona il cannone è la voce della patria che chiama. » (« Quand le canon tonne, la voix de la patrie appelle. ») Cette maxime d’un autre temps, inscrite sur le linteau d’une porte, nous rappelle l’atmosphère belliqueuse qui régnait en Europe au début du siècle dernier.
 
De retour dans la galerie enneigée, nous tombons sur une autre porte, mais stoppons net notre avancée, car celle-ci est en suspension dans le vide. Nos lampes torches qui balaient l’extérieur dévoilent un ravin vertigineux qui paraît sans fond. Je m’écarte rapidement du bord et préfère raser le mur pour quitter la galerie. Sur le chemin du retour, je m’arrête un instant pour examiner un bâtiment construit à flanc de falaise. Complètement ravagée par les bombardements, la ruine du télésiège plonge dans un abîme. Cet ouvrage extraordinaire assurait à l’époque le ravitaillement du fort du Chaberton.

Nous rentrons au campement, au pied des tours. Il est déjà près de 2 heures du matin et François dort à poings fermés. Avant de plonger dans nos duvets, je propose à Julien d’admirer le spectacle qui s’offre à nous. Depuis le cuirassé des Nuages, nous surplombons la vallée, noyée dans un océan de brume. Par endroits, des taches orangées trahissent l’emplacement de villages. La voûte céleste s’est illuminée de mille feux et la Voie lactée se dessine au-dessus de nos têtes. Ici, loin de toute pollution lumineuse, les étoiles brillent par milliers. Bercés par ce tableau et exaltés par l’aventure que nous venons de vivre, nous fermons l’œil pour grappiller quelques précieuses heures de sommeil. Avant de m’endormir, une dernière pensée me traverse l’esprit. Est-ce prudent d’avoir installé nos tentes au pied d’une tour ? Et si un bloc de pierre s’en détachait pendant la nuit  ? Je décide d’ignorer cette funeste pensée et sombre dans un sommeil agité.

Quelques pistes de lecture ….

Pouvez-vous deviner ce qu’est la “congère” dont il est question au début du texte ?

La « congère » dont il est question au début du texte est un amas de neige résultant de l’action du vent.

Plus loin, pouvez-vous devinez le sens des adjectifs “belliqueuse” et funeste” ?

L’adjectif « belliqueux » signifie « qui aime la guerre » et vient du latin « bellum » qui signifie « guerre ».

L’adjectif « funeste » signifie « qui porte malheur » et vient du latin « funus » qui signifie « funérailles »

L’exploration nocturne du fort de guerre est-elle dangereuse ?

L’exploration du fort de guerre est dangereuse car il y a des congères, des tours qui menacent de s’effondrer, et des pieux de métal rouillé cachés sous la neige.

Réveil au sommet des Alpes

Je m’extirpe silencieusement de mon sac de couchage. Il est 5 h 30, le soleil est sur le point de se lever. Je me précipite hors de ma tente et gravis le talus pour profiter de la scène. Il fait encore très froid, et à cette altitude, il gèle même en plein été. Les innombrables sommets alpins s’étendent à perte de vue, enveloppés d’une brume volatile et inondés par la lumière rougeoyante de l’aube. Le Chaberton et son fort rayonnent ! À la lumière du jour, le cuirassé des Nuages révèle ses ultimes secrets.

Nous dominons le monde aux côtés du cuirassé des Nuages. Loin de l’agitation des villes, nous nous imprégnons de l’ambiance unique qui se dégage de ce lieu d’histoire. Ce matin, pas un souffle de vent, pas un cri d’animal ne vient perturber le silence de haute montagne qui règne au sommet du Chaberton. Après avoir connu le déluge de feu, le fort des Nuages repose en paix. Le souvenir de notre expédition au fort de guerre perché à 3 130 mètres d’altitude restera longtemps gravé dans nos mémoires.

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