Séance 4 – Albert Londres – Chez les fous (séance du lundi 22 juin)

Objectif : je découvre une enquête d’Albert Londres sur la folie et la manière dont elle est traitée au début du 20ème siècle

            « Notre devoir n’est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie.

Si nous commencions ? »

Albert Londres

Albert Londres entreprend une enquête sur les asiles psychiatriques en 1925. Son travail sur les conditions de vie des malades mentaux fera date. Le journaliste deviendra le porte-voix des 80.000 aliénés enfermés dans des mouroirs sans hygiène.

Portraits de fous

Ceux qui se croient persécutés

Ce qu’il y a de poignant, c’est le fou persécuté.

Sa folie ne lui laisse pas de répit. Elle le tenaille, le poursuit, le torture. La nuit on le guette, on l’espionne, on l’insulte. « On » ou « ils » sont ses ennemis ! Ils sont dans le plafond, dans le mur, dans le plancher.

On ne cesse de s’occuper de lui, on le frappe, on le pince, on le martyrise par l’électricité, le fer, le feu, la nappe d’eau, les gaz. 

Il se bouche les yeux, les oreilles, le nez ; en vain ! Il voit toujours ses persécuteurs. Il entend qu’on le menace, il sent une odeur de roussi.


Il vit dans les transes, il dort dans le cauchemar.

— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Arrière ! Les voilà ! Les voilà !

Au début, il n’accuse personne nominalement. Puis le fantôme prend une forme. C’est un individu qui lui est inconnu, ou c’est une secte, une société secrète.

Jadis, c’était le diable. Le diable est détrôné. Il n’opère que pour les paysans arriérés. Les inventions modernes l’ont rejeté dans son enfer, le persécuteur d’aujourd’hui est le cinématographe, le phonographe, le sans-fil, l’avion, la radiographie, le haut-parleur.

— L’avion passait au-dessus de ma fenêtre (c’est une jeune femme qui m’explique son affaire) et il me disait : « Viens sur le balcon, je vais t’emporter par les cheveux. » Je fermais ma  fenêtre, je mettais les volets, il revenait toujours. « Tes cheveux sont-ils solides, disait-il, prépare-les bien. » Je me suis fait couper les cheveux. J’ai pensé qu’il ne reviendrait plus. Il revint. C’était entre midi et une heure. Alors, héroïquement, j’ai rasé ma tête. Il est revenu quand même. Écoutez-le, il rôde… rrron… rrron-rrron, il sera là, dans une heure. Pourquoi permet-on ces violences dans le ciel ? Il n’y a plus de police possible. Les assassins marchent maintenant sur la tête de la gendarmerie. C’est la fin des honnêtes personnes bien tranquilles sur leur balcon…

Ceux qui s’accusent de crimes

Le remords les travaille. Ils s’accusent de crimes. Ce sont eux qui sont cause des catastrophes.

— Allons, madame Garin, marchez un peu, promenez-vous, chassez vos vilaines pensées.
— Se peut-il, monsieur, quand c’est moi qui ai déclaré la guerre ! J’ai fait tuer des millions d’hommes. Il n’y a pas plus affreuse criminelle que moi, ma place n’est pas ici, non, pas ici.
— Et où est votre place, madame Garin ?
— Aux galères.
— Vous ne pouvez pas avoir déclaré la guerre toute seule, voyons !
— Si. Je suis un horrible monstre. Ma place n’est plus ici, où je suis trop bien. J’ai mérité le martyre. De plus, je n’ai pas été une honnête femme.
— Mais si, madame Garin, nous savons qui vous êtes. Votre conduite fut toujours très honorable.


Et des sanglots étouffent Mme Garin.

Ceux qui ont la folie des grandeurs

Et cet homme qui exige que je l’écoute. Je m’éloigne. Il me suit :

— Pourquoi l’« on » m’en veut ? crie-t-il, mais c’est moi qui ai fait le tour du monde sur le Nautilus ? Et qui a traversé la Hollande ? C’est moi. Et la Russie en tank anglais ? C’est moi, mais je n’ai jamais fait l’espion. Victor Hugo est un imbécile, ce n’est pas lui qui écrivit ses œuvres, c’est moi.

Les persécutés ont une consolation. Pour qu’« on » les persécute il faut qu’ils soient quelqu’un. De là les idées de grandeur. Ainsi, voit-on dans les cours, des pouilleux marcher en grands seigneurs. Les « rois de France » naissent de cette folie. Ne mettez pas deux « rois de France » face à face. L’un dit :


— Le roi de France, c’est moi !

L’autre grince des dents et dit :

— C’est moi.

Le pugilat est certain.

Quelques pistes de lecture …

Comment Albert Londres parvient-il à rendre humoristiques ces portraits de fous ?

Albert Londres décrit ensuite les différents traitements qui sont infligés aux fous : le moins qu’on puisse dire est que les médecins n’y vont pas avec le dos de la cuillère !

Les traitements infligés aux fous

L’agité crie, se démène, il ennuie le surveillant. L’homme a déjà la camisole, on lui donne quelques bons coups avec le passe-partout, histoire de l’avertir. Le manche à balai sert aussi. Mais la méthode préférée est le brodequin. Monté sur le lit, le surveillant frappe dans les côtes. Le lendemain, le patient en porte les meurtrissures. Ces agités donnent contre tous les murs !

C’est la méthode clandestine.

Officiellement, elle n’existe pas.

Les médecins réduisent par la camisole, le ficelage sur le lit, le cabanon et le drap mouillé.


Le drap mouillé est une conquête de la psychiatrie. La méthode nous vient de l’Égypte des Pharaons. Seulement pour l’employer les Égyptiens attendaient que les clients fussent morts. Et ils coupaient le drap en petits morceaux appelés bandelettes. Nous, nous employons le drap dans toute sa largeur, en serrant bien, à chaque tour, à l’aide du genou… Il arrive ainsi que l’on atteint le résultat : le malade ne crie plus ; il expire.

Les docteurs calment par la balnéothérapie.

La douche n’est plus à la mode. 

Sur les vingt mille insensés que j’ai eu l’honneur de fréquenter, cent à peine ont évoqué la séance du jet d’eau. C’était dans des départements où la lumière scientifique n’avait point encore pénétré !

Aujourd’hui, c’est le bain.

Mais la baignoire coûte cher, le personnel est rare, alors apparaissent instruments de contrainte, cellules et cabanons.

Ficelez sur un lit un agité et regardez sa figure : il enrage, il injurie. Les infirmiers y gagnent en tranquillité, le malade en exaspération. Si les asiles sont pour la paix des gardiens et non pour le traitement des fous, tirons le chapeau, le but est atteint.

Camisoles, bracelets, liens, bretelles remplacent les fers.

Voyez cette jeune femme camisolée et liée sur son matelas depuis cinq jours. Camisole et liens ne l’ont pas calmée. Elle grince des dents, mais c’est moins de folie que de rage. On comprend qu’elle dévorerait joyeusement ses bourreaux. Ses bourreaux, eux, pendant ce temps, jouent aux cartes.

Quelques pistes de lecture …

Quels sont les différents traitements infligés aux fous ?
Ces traitements ont-ils vocation à les guérir ? Sinon, à quoi servent-ils ?

A cette époque, on ne sait pas guérir la folie. À défaut de pouvoir guérir les fous, l’on se contente donc de les enfermer, ce qui révolte Albert Londres. Certains médecins étudient pourtant les cerveaux des malades, dans l’espoir de découvrir le secret de leur folie …

L’armoire aux cerveaux


Un après-midi, le docteur Dide me dit :
— Venez voir mon laboratoire.
Les travaux de ce savant sont célèbres par le monde.
Au moyen d’une machine perfectionnée, il coupe les cerveaux en tranches minces comme l’on fait du jambon de Parme dans les boutiques italiennes d’alimentation. Il examine ensuite la chose au microscope. De là sortira peut-être la clé de la maladie mystérieuse. Du moins espérons-le.
Je me promenais donc, respectueusement, dans ce temple de l’avenir, quand, soudain, je tombai en arrêt devant un réduit imprévu.
Cent vingt pots de chambre, chacun dans un joli petit casier, ornaient seuls les murs de ce lieu. Aux anses pendaient des étiquettes portant noms d’hommes et de femmes et, en dessous : D. P. (démence précoce). Délire progressif. Confusion mentale, psychoses symptomatiques, lésions circonscrites ; P. G. marche rapide. Épilepsie. Idiotie.
Ces pots de chambre aussi correctement présentés avaient dans leur air quelque chose de fascinateur.
— C’est mon armoire à cerveaux, fit Dide.
Il tira un pot par l’anse : un cerveau nageait dans un liquide serein. Regardant l’étiquette, le savant me dit :
— C’est Mme Boivin.
— Enchanté !
Je demeurais en extase devant l’armoire.
— Parfait ! fis-je, vous avez là de beaux cerveaux, mais pourquoi dans des pots de chambre ?
Le maître me regarda bien en face et me répondit :
— Parce que le pot de chambre, Monsieur, est la forme idéale du cerveau !

Quelques pistes de lecture …

Pourquoi le docteur Dide conserve t-il les cerveaux de ses patients ?

étude d’une oeuvre d’art en lien avec la folie

Étude approfondie d’une œuvre : Edvard Munch, Le Cri

Dans le cadre de l’épreuve orale du brevet, vous pourrez être amenés à présenter une œuvre d’art à l’oral

1. Je présente l’oeuvre

Titre : Le Cri

Date de création : 1893

Nature de l’œuvre : Tempera sur carton

Lieu de conservation : Galerie nationale d’Oslo, Norvège

L’auteur : Edvard Munch (1863 -1944) est un peintre et graveur norvégien, sans doute l’artiste le plus connu des pays scandinaves, reconnu comme un des précurseurs de la peinture expressionniste dans laquelle les artistes expriment la réalité selon leurs sentiments dans une peinture souvent agressive et angoissante qui n’hésite pas à critiquer la société. 

Le contexte : Pour comprendre les œuvres de Munch, il est important de connaître certains éléments de sa vie. Dès son plus jeune âge, il est confronté à la maladie et à la mort. Sa mère et une de ses sœurs sont emportées par la maladie alors qu’il n’est encore qu’un enfant. La maladie poursuit Munch toute sa vie, étant lui-même de faible constitution. Il a toujours peur de la mort et est sujet à de nombreux épisodes de dépression. Son expressionnisme est marqué par la volonté de symboliser les émotions humaines – notamment l’angoisse et la douleur. 

2. Je décris

UN CRI EXISTENTIEL : Mais qui donc crie ? À la lumière des propres mots de Munch, on s’interroge sur l’origine du cri qui donne son titre au tableau. Contrairement à la première impression, qui veut que l’on pense que c’est bien le personnage au premier plan qui pousse le cri en question, ce dernier pourrait ne pas en être à l’origine, mais bien en être effrayé. Le fait qu’il se couvre les oreilles renforce bien entendu cette hypothèse.  

UN COUCHER DE SOLEIL IMPRESSIONNANT : Pourquoi un tel coucher de soleil sur le tableau de Munch ? Il y a 15 ans, des astrophysiciens américains avancent une explication qui serait tout simplement scientifique. Le 27 août 1883, en Indonésie, un volcan nommé Krakatoa subit une des grosses éruptions jamais connues (provoquant notamment des tsunamis).

Le bruit de l’éruption (au minimum 172 décibels) est tellement puissant qu’il retentit à près de 4800 km à la ronde. Des cendres volcaniques se déversent dans l’atmosphère, se répandant un peu partout dans le monde, notamment au Nord de l’Europe.

Elles sont ainsi à l’origine de couchers de soleil rougeoyants, dont Munch est peut-être le témoin… Ce ciel apocalyptique déclenche probablement des émotions fortes chez lui, dont il se souvient 10 ans plus tard en peignant le tableau..

UN VISAGE DÉRANGEANT : Qu’en est-il de ce personnage dépourvu de cheveux, au visage émacié, à peine humain ? L’historien de l’art Robert Rosemblum avance en 1978 une hypothèse intéressante à propos des inspirations de Munch pour créer ce personnage si particulier.

Des momies péruviennes

En 1889, Edvard Munch habite alors à Paris. La même année s’y tient justement l’Exposition Universelle. Munch aurait vu exposées, à cette occasion, des momies du peuple péruvien Chachapoya

Ces dernières présentent des similarités frappantes avec le personnage du Cri : position, couleur de la peau, traits…

3. J’interprète

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