Culture littéraire – les héros et héroïnes grecs – Séance 4 – Ulysse, l’aventurier des mers

Qui est Ulysse ?

Ulysse est le héros de l’Odyssée et le roi d’Ithaque. Il a combattu pendant dix ans à Trois puis a erré dix autres années en mer avant de rejoindre Ithaque.

La guerre de Troie est terminée. Ulysse rentre enfin chez lui avec ses compagnons. Après une escale sur l’île des Lotophages où Ulysse perd un grand nombre de ses compagnons, il se retrouve au pays des Cyclopes. Le voici enfermé avec ses compagnons dans la grotte du cyclope Polyphème, fils de Poséidon, a déjà mangé plusieurs de ses camarades. Polyphème est berger et ouvre de temps en temps la grotte pour sortir ses brebis.

Le Cyclope (Odilon Redon) / Vers 1914

Results

#1. Quel est le plan d'Ulysse pour venir à bout du Cyclope ?

#2. Pourquoi Ulysse raconte t-il au Cyclope que son nom est Personne ?

FIN

Extrait de l’Odyssée d’Homère

Le cyclope tomba à la renverse sur le dos, son cou épais incliné sur ses épaules. Le sommeil qui dompte tout s’empara de lui. Son gosier recrachait du vin mêlé de morceaux de chair humaine, et l’ivrogne rotait. J’enfonçai alors le pieu sous la cendre épaisse jusqu’à ce qu’il devienne brûlant et j’encourageai de mes paroles tous mes compagnons afin que personne n’abandonne sous le coup de la peur. Lorsque le pieu d’olivier, quoique vert, fut sur le point de prendre feu et étincela d’une lueur intense dans la cendre, je le retirai de la flamme et l’approchai du Cyclope. Mes compagnons prirent place autour de moi. Une divinité nous insuffla une audace incroyable. Ils prirent le pieu d’olivier et enfoncèrent sa pointe dans le globe de l’œil tandis que je m’appuyais dessus de tout mon poids et le faisais tourner sur lui-même. Le sang jaillissait autour du bâton brûlant. La chaleur brûla ses sourcils et ses paupières tout entières ; la prunelle de son œil se consumait et ses racines grésillaient sous la flamme.

Il émit un gémissement terrible qui, répercuté par les parois du rocher, retentit aux alentours. Pris par la crainte, nous nous réfugiâmes au fond de la caverne. Il retira le pieu de son œil souillé de sang puis, de ses deux mains, le jeta loin de lui, emporté par la colère.

Polyphème appela à grands cris les Cyclopes qui vivaient dans les environs, dans des cavernes sur les collines battues par les vents. Ils entendirent le cri et accoururent de tous les côtés. Se rassemblant autour de la caverne, ils lui demandèrent ce qui le tourmentait :

« Quelle douleur t’accable, Polyphème, pour crier ainsi à travers la nuit divine et pour nous priver du sommeil ? Est-ce qu’un mortel entraîne tes troupeaux au loin malgré toi ? Cherche-t-on à te tuer par la ruse et non par la force ? »

Le robuste Polyphème leur répondit depuis sa caverne :
« Personne, mes amis, me tue par la ruse, et non par la force. »

Ils lui répondirent ces paroles ailées :

« Si personne ne te fait violence et que tu es seul, ce doit être alors une maladie envoyée par le grand Zeus et, dans ce cas, il est impossible d’y échapper. Adresse une prière à notre père, le seigneur Poséidon. »

Ils lui dirent ces mots et s’en allèrent. Moi, je riais en mon for intérieur de voir comment mon nom et mon excellent piège les avaient trompés. Le Cyclope, qui gémissait et qui endurait une terrible souffrance, enleva la pierre de la porte et s’assit lui-même à l’entrée en étendant les deux bras pour essayer d’attraper l’un de nous au cas où nous essaierions de sortir parmi les brebis. Il espérait peut-être que je sois si stupide ! Mais je réfléchis au meilleur moyen de nous tirer de ce piège, moi et mes compagnons, et de nous permettre d’échapper à la mort.

Je méditai toutes sortes de ruses et de stratagèmes car notre vie était en jeu. Voici la décision qui me sembla la meilleure : ses béliers étaient gras, beaux et grands, couverts d’une laine sombre. Sans bruit, je les attachai et les liai trois par trois avec des osiers bien tressés sur lesquels dormait le Cyclope, ce monstre ignorant de toute loi. Le bélier du milieu portait un homme, et les deux autres se plaçaient de chaque côté pour cacher mes compagnons. Chaque homme était donc porté par trois brebis ; quant à moi, puisqu’il y avait un bélier qui était le plus gros de tout le troupeau, je le saisis par le dos, je me glissai sous son ventre velu et restai là suspendu, solidement attaché à sa superbe toison, le cœur patient.

Nous attendîmes alors l’Aurore divine en gémissant. Quand parut l’Aurore aux doigts de roses, fille du matin, les béliers s’élancèrent vers le pâturage et les femelles qui n’avaient pas été traites bêlaient dans l’étable car leurs mamelles étaient pleines. Leur maître, accablé par ses violentes douleurs, tâtait le dos de toutes les brebis qui se tenaient devant lui, mais l’insensé ne remarqua pas que mes compagnons étaient attachés sous leur toison. Le dernier bélier du troupeau s’avança pour rejoindre l’extérieur, alourdi par sa laine et par moi-même, qui avais manigancé cette ruse.

(Ulysse embarque ensuite à bord ne son navire avec ses compagnons, et ne peut s’empêcher de s’écrier : )


« Cyclope, si un mortel te pose des questions sur ta hideuse cécit, tu peux lui dire que c’est Ulysse , destructeur des villes, fils de Laërte , habitant d’Ithaque, qui t’a ôté la vue. »

Quelques pistes de lecture …

1 – Pourquoi les autres cyclopes ne viennent-ils pas en aide à Polyphème lorsqu’ils l’entendent hurler de douleur ?
2 –  Comment Ulysse et ses compagnons s’y prennent-ils pour sortir de la grotte ?
3 –  Qu’est-ce qu’Ulysse ne peut pas s’empêcher de faire une fois qu’il est hors de danger ? Cela aura t-il des conséquences ?
Ulysse et Polyphème (1896) par Arnold Böcklin

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