Séance 8 – Culture littéraire – Les Misérables – Le doute de Javert

Que savez-vous de Javert ? Lors de quel épisode des Misérables l’avez-vous déjà rencontré ?

Kirujan et Djahid ont répondu …

Javert est un policier qui poursuit sans cesse Jean Valjean. Nous l’avons déjà rencontré lors de l’épisode du père Fauchelevent.

« Les criminels sont irrémédiablement perdus. Rien de bon ne peut en sortir ». C’est ainsi que Javert juge les anciens bagnards comme Jean Valjean. Pensez-vous qu’il changera d’avis ?

Flora a répondu …

Javert changera peut-être d’avis lorsque Jean Valjean lui sauvera la vie.

Un petit rappel des faits …

Lors de l’émeute de juin 1832, la plupart des personnages principaux se retrouvent sur les barricades : Jean Valjean y vient pour sauver Marius, et Javert pour espionner les émeutiers. Mais Javert n’est pas très discret, et les émeutiers repèrent très vite qu’il est un policier.

Jean Valjean se propose alors pour exécuter Javert, mais il décide en fait de lui sauver la vie en lui permettant de s’enfuir.

Par la suite, on assiste au sauvetage épique de Marius par Jean Valjean, sauvetage qui s’effectue à travers les égouts de Paris. Mais lorsque Jean Valjean sort des égouts, il tombe dans les filets de Javert. Ce dernier décide de le laisser partir : il sait désormais que Jean Valjean est un homme bon, et cela le tourmente …

Extrait du feuilleton de France Culture sur Les Misérables

Jean Valjean sauve la vie de Javert

Lors de l’émeute de 1832, Jean Valjean et Javert se retrouvent les barricades. Javert est repéré comme étant un policier. Il doit donc être exécuté. Jean Valjean décide de s’en charger mais lui laisse la vie sauve.

Quand Jean Valjean fut seul avec Javert, il défit la corde qui assujettissait le prisonnier par le milieu du corps, et dont le noeud était sous la table. Après quoi, il lui fit signe de se lever.


Javert obéit, avec cet indéfinissable sourire où se condense la suprématie de l’autorité enchaînée.

Jean Valjean avait le pistolet au poing.

Ils franchirent ainsi le le trapèze intérieur de la barricade. Les insurgés, tout à l’attaque imminente, tournaient le dos.

Jean Valjean fit escalader, avec quelque peine, à Javert garrotté1, mais sans le lâcher un seul instant, le petit retranchement de la ruelle Mondétour.

Quand ils eurent enjambé ce barrage, ils se trouvèrent seuls dans la ruelle. Personne ne les voyait plus. Le coude des maisons les cachait aux insurgés. Les cadavres retirés de la barricade faisaient un monceau terrible à quelques pas.

Jean Valjean mit le pistolet sous son bras et fixa sur Javert un regard qui n’avait pas besoin de paroles pour dire : « Javert, c’est moi. »

Javert répondit :

« Prends ta revanche. »

Jean Valjean tira de son gousset un couteau, et l’ouvrit.

« Un surin2 ! s’écria Javert. Tu as raison. Cela te convient mieux. »

Jean Valjean coupa la martingale3 que Javert avait au cou, puis il coupa les cordes qu’il avait aux poignets, puis, se baissant, il coupa la ficelle qu’il avait aux pieds ; et, se redressant, il lui dit :

« Vous êtes libre. »

Javert n’était pas facile à étonner. Cependant, tout maître qu’il était de lui, il ne put se soustraire à une commotion4.. Il resta béant et immobile.

Jean Valjean poursuivit :

« Je ne crois pas que je sorte d’ici. Pourtant, si, par hasard, j’en sortais, je demeure sous le nom de Fauchelevent, rue de l’Homme-Armé, numéro 7. »

Javert eut un froncement de tigre qui lui entrouvrit un coin de la bouche, et il murmura entre ses dents :

« Prends garde.

– Allez », dit Jean Valjean.

Javert reprit :

« Tu as dit Fauchelevent, rue de l’Homme-Armé ?

– Numéro 7. »

Javert répéta à demi-voix : « Numéro 7. »

Il reboutonna sa redingote5,, remit de la roideur6 militaire entre ses deux épaules, fit demi-tour, croisa les bras en soutenant son menton dans une de ses mains, et se mit à marcher dans la direction des Halles. Jean Valjean le suivait des yeux. Après quelques pas, Javert se retourna et cria à Jean Valjean :

« Vous m’ennuyez. Tuez-moi plutôt. »

Javert ne s’apercevait pas lui-même qu’il ne tutoyait plus Jean Valjean.

« Allez-vous-en », dit Jean Valjean.

Javert s’éloigna à pas lents. Un moment après, il tourna l’angle de la rue des Prêcheurs.

Quand Javert eut disparu, Jean Valjean déchargea le pistolet en l’air.
Puis il rentra dans la barricade et dit :

« C’est fait. »


1. Lié
2. Couteau servant à poignarder
3. Courroie qui sert à maintenir la tête d’un cheval
4. Trouble violent dû à une vive émotion
5. Vêtement d’homme long et ample
6. Raideur

Quelques pistes de lecture …

1 – Que font Javert et Jean Valjean seuls dans une ruelle à l’extérieur de la barricade ? Comment imaginez-vous la scène ?

Javert et Jean Valjean sont seuls dans une ruelle à l’extérieur de la barricade car Jean Valjean est chargé de tuer Javert.

La scène est très probablement angoissante à observer : nous pouvons imaginer une ruelle sombre et un homme (Jean Valjean) qui est armé et semble menacer un autre homme (Javert)

2 – Quelle est la réaction de Javert quand Jean Valjean le laisse libre ?

Quand Jean Valjean le laisse libre, Javert est abasourdi : il ne s’attendait pas à une telle issue.

3 – Pourquoi Javert se met-il soudainement à vouvoyer Jean Valjean ? Qu’est-ce que cela montre sur la façon dont il perçoit maintenant Jean Valjean ?

Javert se met soudainement à vouvoyer Jean Valjean car il sait désormais qu’il est en face d’un homme respectable (à cette époque, le vouvoiement est perçu comme une marque de respect)

Cela montre qu’il a changé d’avis sur Jean Valjean : il le voyait auparavant comme un ancien bagnard qui multipliait les mauvaises actions. Il le voit désormais comme un honnête homme capable d’accomplir de bonnes actions.

Le suicide de Javert

Javert a renoncé à poursuivre Jean Valjean et sait désormais que ce dernier est un homme bon. Comme cela remet en question sa conviction selon laquelle un ancien forçat serait irrécupérable, il songe à se suicider …


Javert sentait que quelque chose d’horrible pénétrait dans son âme, l’admiration pour un forçat. Le respect d’un galérien, est-ce que c’est possible ? Il en frémissait, et ne pouvait s’y soustraire. Il avait beau se débattre, il était réduit à confesser dans son for intérieur la sublimité de ce misérable. Cela était odieux.

Un malfaiteur bienfaisant, un forçat compatissant, doux, secourable, clément, rendant le bien pour le mal, rendant le pardon pour la haine, préférant la pitié à la vengeance, aimant mieux se perdre que de perdre son ennemi, sauvant celui qui l’a frappé, agenouillé sur le haut de la vertu, plus voisin de l’ange que de l’homme ; Javert était contraint de s’avouer que ce monstre existait.

Il se sentait vidé, inutile, disloqué de sa vie passée, destitué, dissous. L’autorité était morte en lui. Il n’avait plus de raison d’être.

Javert demeura quelques minutes immobile, regardant cette ouverture de ténèbres ; il considérait l’invisible avec une fixité qui ressemblait à de l’attention. L’eau bruissait. Tout à coup, il ôta son chapeau et le posa sur le rebord du quai. Un moment après, une figure haute et noire, que de loin quelque passant attardé eût pu prendre pour un fantôme, apparut debout sur le parapet, se courba vers la Seine, puis se redressa, et tomba droite dans les ténèbres ; il y eut un clapotement sourd ; et l’ombre seule fut dans le secret des convulsions de cette forme obscure disparue sous l’eau.

Quelques pistes de lecture …

1 – Quel est désormais le sentiment de Javert à propos de Jean Valjean ? Pourquoi ce sentiment le met-il mal à l’aise ?

Désormais, Javert voit Jean Valjean comme un homme admirable et respectable, voire sublime : “il était réduit à confesser dans son for intérieur la sublimité de ce misérable”

Ce sentiment le met mal à l’aise car il est persuadé que “les criminels sont irrémédiablement perdus” et que “rien de bon ne peut en sortir” : il est incompréhensible pour lui de faire face à un “forçat compatissant”, qui “préfère la pitié à la vengeance”

2 – En quoi les convictions de Javert sont-elles chamboulées ?

Les convictions de Javert (selon lesquelles rien de bon ne peut sortir des anciens forçats) sont chamboulées dans la mesure où il est bien obligé d’admettre que Jean Valjean, bien qu’étant un ancien forçat, est un homme bon.

3 – En quoi Javert a t-il perdu sa raison de vivre ?

Javert a perdu sa raison de vivre : en effet, il ne vit que pour faire respecter les lois et ne croit pas à la réhabilitation des forçats – autrement dit, contrairement à Monseigneur Myriel, il ne croit pas à la rédemption.

Or, Valjean, en lui montrant de la pitié, lui a prouvé qu’il avait tort : il n’existe pas qu’un seul chemin vers le bien (respecter la loi) et on peut avoir déjà enfreint la loi et être le meilleur homme qui soit.

Désespéré d’avoir consacré sa vie à des idées qui n’en valaient peut-être pas la peine, Javert décide de se suicider en se jetant dans la Seine.

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