Séance 7 – Culture littéraire – Les Misérables – Gavroche, un gamin de Paris

Objectifs : 1/ étudier le personnage de Gavroche 2/ savoir situer l’histoire de Gavroche dans un contexte historique précis : l’insurrection républicaine du 5 au 7 juin 1832

I – Qui est Gavroche ?

Gavroche est né en 1820. C’est le fils des Thénardier qui ne l’aiment pas et ne veulent pas de lui : c’est pour cela qu’il vit dans la rue.

La liberté guidant le peuple – Eugène Delacroix – 1830

Le personnage de Gavroche est vraisemblablement inspiré de l’enfant figurant sur le tableau d’Eugène Delacroix La Liberté guidant le peuple. Ce tableau représente une scène de barricade lors de la révolution de juillet 1830.

Portrait de Gavroche

Huit ou neuf ans environ après les événements racontés dans la deuxième partie de cette histoire, on remarquait sur le boulevard du Temple et dans les régions du Château-d’Eau, un petit garçon de onze à douze ans […]. Cet enfant était bien affublé1 d’un pantalon d’homme, mais il ne le tenait pas de son père, et d’une camisole2 de femme, mais il ne la tenait pas de sa mère. Des gens quelconques l’avaient habillé de chiffons par charité. Pourtant il avait un père et une mère. Mais son père ne songeait pas à lui et sa mère ne l’aimait point. C’était un de ces enfants dignes de pitié entre tous qui ont père et mère et qui sont orphelins.

Cet enfant ne se sentait jamais si bien que dans la rue. Le pavé lui était moins dur que le cœur de sa mère.

Ses parents l’avaient jeté dans la vie d’un coup de pied.

Il avait tout bonnement pris sa volée3.

C’était un garçon bruyant, blême, leste4, éveillé, goguenard5, à l’air vivace et maladif. Il allait, venait, chantait, jouait à la fayousse6, grattait les ruisseaux, volait un peu, mais comme les chats et les passereaux7, gaiement, riait quand on l’appelait galopin, se fâchait quand on l’appelait voyou. Il n’avait pas de gîte, pas de pain, pas de feu, pas d’amour ; mais il était joyeux parce qu’il était libre.

Cet enfant vivait dans cette absence d’affection comme ces herbes pâles qui viennent dans les caves. Il ne souffrait pas d’être ainsi et n’en voulait à personne. Il ne savait pas au juste comment devaient être un père et une mère.

Nous avons oublié de dire que sur le boulevard du Temple on nommait cet enfant le petit Gavroche.


1. [vêtu sans grand soin]
2.[vêtement qui se porte au-dessus de la chemise]
3. [il avait pris son envol, il était parti]
4. [adroit, débrouillard]
5. [qui aime plaisanter]
6. [jeu consistant à faire entrer le maximum de cailloux ou de pièces dans un trou]
7. [moineaux]

Quelques pistes de lecture …

1 – Quels sont les rapports de Gavroche avec ses parents ? Justifiez en citant le texte

Assetou, Omurhan, Calvin et Kirujan ont répondu …

Gavroche et ses parents ne sont pas proches ; les parents de Gavroche ne s’occupent pas de lui, comme on le voit dans la phrase suivante : « son père ne songeait pas à lui et sa mère ne l’aimait point »

2 – Citez quelques adjectifs décrivant Gavroche. Que disent-ils sur son caractère ?

Omurhan, Assetou, Rayyân, Tyron et Julia ont répondu …

Les adjectifs décrivant Gavroche sont les suivants : « blême’, « bruyant », « leste », « éveillé », « goguenard », « vivace », « maladif »., « débrouillard », « joyeux »

Ces adjectifs montrent que c’est un enfant actif et qu’il est joyeux malgré le fait qu’il soit à la rue.

3 – À quels genres d’activités Gavroche consacre t-il ses journées ?

Gavroche passe ses journées à traîner dans les rues.

4 – Quelles sont les choses essentielles qui manquent à la vie de Gavroche ? Cela le rend t-il malheureux ?

Flora, Shana, Kirujan, Assetou et Rayyân ont répondu …

Les choses essentielles qui manquent à la vie de Gavroche sont l’amour maternel et paternel, l’éducation, l’autorité et le confort matériel. Cela ne le rend pas malheureux car il n’a jamais connu ces choses.

II – Le triste sort du petit Gavroche

Pendant les combats du 5 juin 1832, Marius et Gavroche se battent sur les barricades avec leurs camarades républicains. Mais très vite, la barricade tombe et beaucoup d’insurgés sont massacrés … Qu’adviendra t-il de Gavroche ?

Extrait du feuilleton sur Les Misérables de France Culture

Courfeyrac tout à coup aperçut quelqu’un au bas de la barricade, dehors, dans la rue, sous les balles.

Gavroche était sorti de la barricade, et était paisiblement occupé à vider dans son panier les gibernes pleines de cartouches des gardes nationaux tués.


« Qu’est-ce que tu fais là ? » dit Courfeyrac.

Gavroche leva le nez :
« Citoyen, j’emplis mon panier.
– Tu ne vois donc pas la mitraille ? »


Gavroche répondit :
« Eh bien, il pleut. Après ? »


Courfeyrac cria :
« Rentre !”
“– Tout à l’heure », fit Gavroche.


Et, d’un bond, il s’enfonça dans la rue.
Une vingtaine de morts gisaient çà et là dans toute la longueur de la rue sur le pavé. Une vingtaine de gibernes pour Gavroche. Une provision de cartouches pour la barricade.


La fumée était dans la rue comme un brouillard. C’est à peine si, d’un bout à l’autre de la rue, pourtant fort courte, les combattants s’apercevaient.
Cet obscurcissement, probablement voulu et calculé par les chefs qui devaient diriger l’assaut de la barricade, fut utile à Gavroche.
Sous les plis de ce voile de fumée et grâce à sa petitesse, il put s’avancer assez loin dans la rue sans être vu. Il dévalisa les sept ou huit premières gibernes sans grand danger.


Il rampait à plat ventre, galopait à quatre pattes, prenait son panier aux dents, se tordait, glissait, ondulait, serpentait d’un mort à l’autre, et vidait la giberne ou la cartouchière comme un singe ouvre une noix.
De la barricade, dont il était encore assez près, on n’osait lui crier de revenir, de peur d’appeler l’attention sur lui.


Sur un cadavre, qui était un caporal, il trouva une poire à poudre.
« Pour la soif », dit-il, en la mettant dans sa poche.


À force d’aller en avant, il parvint au point où le brouillard de la fusillade devenait transparent.

Les tirailleurs massés à l’angle de la rue, se montrèrent soudainement quelque chose qui remuait dans la fumée.

Gavroche se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l’œil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta :

On est laid à Nanterre,
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.


Puis il ramassa son panier, y remit, sans en perdre une seule, les cartouches qui en étaient tombées, et, avançant vers la fusillade, alla dépouiller une autre giberne. Là une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta :

Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.


Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletant d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. . Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette.

Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri. Mais Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter :

Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à…


Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler.

Quelques pistes de lecture …

1 – Qui est Courfeyrac et où est-il ?

Kirujan a répondu …

Courfeyrac est un insurgé qui est sur la barricade.

2 – Pourquoi Gavroche sort-il de la barricade ? Prend-il des risques en faisant cela ? Justifiez.

Kirujan, Flora et Justine ont répondu ..

Gavroche sort de la barricade pour remplir sa giberne avec des cartouches. Il prend des risques en faisant cela car il risque d’être touché par des balles ennemies.

3 – Comment Gavroche peut-il sortir dans la rue sans être repéré par les assaillants de la barricade ? Cela va t-il durer ?

Flora a répondu …

Gavroche peut sortir dans la rue sans être repéré par les assaillants de la barricade car il y a de la fumée. Mais cela ne va pas durer car cette fumée va s’estomper.

4 – Alors que la fumée s’estompe, Gavroche est enfin repéré par les assaillants de la barricade, qui se mettent aussitôt à tirer. Cependant, Gavroche chante … Que pensez-vous de son attitude ? Est-il courageux ou simplement inconscient ?

Flora, Kirujan, Naila, Assetou, Calvin et Elodie ont répondu …

Il est courageux car il ne semble pas avoir peur de la mort.

Mais il est également inconscient, voire arrogant : il ne pense pas aux conséquences de son acte et semble surtout vouloir provoquer ses adversaires.

5 – Gavroche craint-il la mort ? Pensez-vous qu’il soit mort en héros ?

Flora a répondu …

Gavroche ne craint pas la mort et il n’est pas mort en héros (car il est mort avant de ramener les cartouches). Par ailleurs, Gavroche n’est pas un héros car il se caractérise plus par son inconscience que par son courage.

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