Séance 3 – Culture littéraire – Les Misérables – La faute de Jean Valjean et la miséricorde de l’évêque

Objectifs : 1 / comprendre le caractère misécordieux du personnage de l’évêque 2/ connaître la notion chrétienne de rédemption 3/ comprendre comment et pourquoi Jean Valjean va devenir un honnête homme

Jean Valjean vient de sortir du bagne. Au cours de la nuit passée chez l’évêque, il vole des couverts en argent et s’enfuit. Mais il est arrêté par des gendarmes et ramené chez l’évêque.

Georges de La Tour – vers 1630

Une petite question …

A votre avis, quelle sera la réaction de l’évêque face au vol commis par Jean Valjean ? Pourquoi ?

Qu’est-ce que la miséricorde ?

La miséricorde est le pardon accordé à ceux que l’on pourrait punir.

Qu’est-ce que la rédemption ?

Dans le christianisme, la rédemption (du latin redemptio qui veut dire “rachat”) est l’acte par lequel Dieu rachète l’âme de l’Homme de l’esclavage du mal et du péché. Pour un chrétien comme l’évêque Myriel, un individu repenti est plus admirable qu’un individu qui n’a jamais commis aucune faute morale : on retrouve cette idée dans la parole suivante du Christ : « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance ».

Pompeo Batoni – vers 1773
Extrait des Misérables

On frappa à la porte.

— Entrez, dit l’évêque. La porte s’ouvrit. Un groupe étrange et violent apparut sur le seuil. Trois hommes en tenaient un quatrième au collet. Les trois hommes étaient des gendarmes ; l’autre était Jean Valjean.


Cependant monseigneur Bienvenu s’était approché aussi vivement que son grand âge le lui permettait.

— Ah ! vous voilà ! s’écria-t-il en regardant Jean Valjean. Je suis aise de vous voir. Et bien mais ! je vous avais donné les chandeliers aussi, qui sont en argent comme le reste et dont vous pourrez bien avoir deux cents francs. Pourquoi ne les avez-vous pas emportés avec vos couverts ?

Jean Valjean ouvrit les yeux et regarda le vénérable évêque avec une expression qu’aucune langue humaine ne pourrait rendre.

— Monseigneur, dit le brigadier de gendarmerie, ce que cet homme disait était donc vrai ? Nous l’avons rencontré. Il allait comme quelqu’un qui s’en va. Nous l’avons arrêté pour voir. Il avait cette argenterie …

— Et il vous a dit, interrompit l’évêque en souriant, qu’elle lui avait été donnée par un vieux bonhomme de prêtre chez lequel il avait passé la nuit ? Je vois la chose. Et vous l’avez ramené ici ? C’est une méprise.

Les gendarmes lâchèrent Jean Valjean qui recula.

— Est-ce que c’est vrai qu’on me laisse ? dit-il d’une voix presque inarticulée et comme s’il parlait dans le sommeil.

— Oui, on te laisse, tu n’entends donc pas ? dit un gendarme.

— Mon ami, reprit l’évêque, avant de vous en aller, voici vos chandeliers. Prenez-les.

Il alla à la cheminée, prit les deux flambeaux d’argent et les apporta à Jean Valjean. Jean Valjean tremblait de tous ses membres. Il prit les deux chandeliers machinalement et d’un air égaré.

— Maintenant, dit l’évêque, allez en paix.

Jean Valjean était comme un homme qui va s’évanouir. L’évêque s’approcha de lui, et lui dit à voix basse :

— N’oubliez pas, n’oubliez jamais que vous m’avez promis d’employer cet argent à devenir honnête homme. Jean Valjean, qui n’avait aucun souvenir d’avoir rien promis, resta interdit. L’évêque avait appuyé sur ces paroles en les prononçant. Il reprit avec une sorte de solennité :

— Jean Valjean, mon frère, vous n’appartenez plus au mal, mais au bien. C’est votre âme que je vous achète ; je la retire aux pensées noires et à l’esprit de perdition, et je la donne à Dieu.

Victor Hugo, Les Misérables, 1862

Quelques pistes de lecture …

1 – Quelle est la faute qui a été commise par Jean Valjean ? Expliquez en quoi son statut d’ancien forçat le conduit à commettre une telle faute.
2 – Quel est le stratagème utilisé par l’évêque pour faire croire aux gendarmes que Jean Valjean est innocent ?
3 – En quoi le comportement de l’évêque envers Jean Valjean s’oppose t-il à celui des gendarmes ? Citez le texte.
4 – L’évêque accorde sa miséricorde (son pardon) à Jean Valjean. Quelle est la réaction de ce dernier ?
5 – Quelles paroles de l’évêque vont inciter Jean Valjean à évoluer vers le bien ?

Pour aller plus loin …

Un personnage à l’opposé de l’évêque Myriel : le policier Javert

L’évêque Myriel croit que Jean Valjean, bien qu’il soit un ancien bagnard, peut devenir un honnête homme et se consacrer au bien. Telle n’est pas l’opinion de l’inspecteur de police Javert, qui refusera toujours de donner une seconde chance à Jean Valjean, qu’il a connu alors qu’il était gardien au bagne de Toulon.

Voici le portrait que Victor Hugo en fait :

La face humaine de Javert consistait en un nez camard, avec deux profondes narines vers lesquelles montaient sur ses deux joues d’énormes favoris. On se sentait mal à l’aise la première fois qu’on voyait ces deux forêts et ces deux cavernes. Quand Javert riait, ce qui était rare et terrible, ses lèvres minces s’écartaient, et laissaient voir, non seulement ses dents, mais ses gencives, et il se faisait autour de son nez un plissement épaté et sauvage comme sur un mufle de bête fauve. Javert sérieux était un dogue ; lorsqu’il riait, c’était un tigre. Du reste, peu de crâne, beaucoup de mâchoire, les cheveux cachant le front et tombant sur les sourcils, entre les deux yeux un froncement central permanent comme une étoile de colère, le regard obscur, la bouche pincée et redoutable, l’air du commandement féroce.

Il couvrait de mépris, d’aversion et de dégoût tout ce qui avait franchi une fois le seuil légal du mal. Il était absolu et n’admettait pas d’exceptions. D’une part il disait : – Le fonctionnaire ne peut se tromper ; le magistrat n’a jamais tort. – D’autre part il disait : – Ceux-ci sont irrémédiablement perdus. Rien de bon n’en peut sortir.

Quels sentiments ce portrait vous inspire t-il ? Javert vous semble t-il sympathique ou antipathique ?

Travail d’écriture

Consigne

A votre tour de faire un portrait : vous pouvez au choix faire le portrait de l’évêque Myriel ou celui de l’inspecteur Javert.

Critères de réussite

  1. Écrire au moins dix lignes
  2. Utiliser certains des adjectifs suivants : bon, généreux, miséricordieux, souriant, aimable, vénérable (pour l’évêque) / mauvais, antipathique, méprisant, cruel, redoutable, féroce (pour Javert)
  3. Faire une description physique ET morale du personnage choisi
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