Séance 2 – Cyrano de Bergerac : la tirade du nez

Objectifs : 1/ comprendre ce qu’est une tirade 2/ découvrir une des tirades les plus connues du théâtre français

La tirade du nez est le nom couramment donné à une célèbre tirade située dans le premier acte (scène IV) de la pièce Cyrano de Bergerac du dramaturge français Edmond Rostand.

À votre avis, qu’est-ce qu’une tirade ?

Une tirade est un développement assez long d’un même thème par le personnage d’une pièce de théâtre, de manière ininterrompue.


Provoqué par le vicomte de Valvert qui se moque de son nez proéminent, Cyrano se lance dans cette tirade : il montre à Valvert par vingt exemples successifs que l’insulte qui lui a été faite manquait d’esprit et qu’on aurait pu la formuler de bien d’autres manières, et avec davantage de talent :

« Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme…
En variant le ton (…) »

À l’issue de la tirade, Valvert ne parvient à répondre que par de piètres insultes, le traitant de « Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule » puis de « bouffon » et enfin de « poète » ; un duel à l’épée s’ensuit, gagné par Cyrano (qui ridiculise donc complètement son provocateur)

Cette scène souligne à la fois l’extrême susceptibilité du personnage de Cyrano, mais aussi sa verve, sa culture, son humour et son grand sens de l’autodérision.


Extrait du film de Jean-Paul Rappeneau

« Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire… Oh! Dieu!… bien des choses en somme.


En variant le ton, par exemple, tenez :

Agressif : « Moi, Monsieur, si j’avais un tel nez, Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse »

Amical : Mais il doit tremper dans votre tasse !
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap !

Un hanap est un récipient pour boire d’origine médiévale. Généralement en métal, doté d’un pied et d’un couvercle, c’est une sorte de vase.


Descriptif :  C’est un roc ! . .. c’est un pic ! . . . c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ?. .. C’est une péninsule ! 


Curieux :  De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, Monsieur, ou de boite à ciseaux ? 

Gracieux : Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? 

Truculent :  Ça, Monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ?

Prévenant :  Gardez-vous, votre tête entrainée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! 

Tendre :  Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! 


Pédant : L’animal seul, Monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamelos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os !  


Cavalier :  Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode! 


Emphatique : Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! 


Dramatique :  C’est la Mer Rouge quand il saigne ! 


Admiratif :  Pour un parfumeur, quelle enseigne ! 


Lyrique:  Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? 


Respectueux : Souffrez, Monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue! 


Naïf :  Ce monument, quand le visite-t-on ?


Campagnard:  He, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! 


Militaire:  Pointez contre cavalerie !


Pratique:  Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, Monsieur, ce sera le gros lot ! 


Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot :
Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie! Il en rougit, le traître ! 


– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit :
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !


Eussiez-vous eu, d’ailleurs, I’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.
 »


Quelques pistes de lecture …

1 – À quoi reconnaît-on immédiatement Cyrano ?

Kirujan, Tiago et Lahna ont répondu …

On reconnaît immédiatement Cyrano grâce à sa verve poétique et grâce à son grand nez. Il a un esprit brillant mais il est laid.

2 – Selon vous, quelle image de Cyrano cette tirade donne t-elle ?

Tyron, Kirujan et Flora ont répondu …

Cette tirade donne à Cyrano l’image d’un homme d’esprit (il parle de façon très poétique et utilise un vocabulaire élaboré) qui a beaucoup de caractère et de répartie.

3 – À votre avis, en quoi cette tirade permet-elle au comédien qui la joue de montrer toute la mesure de son talent ?

Flora et Kirujan ont répondu …

Cette tirade permet au comédien qui la joue de donner toute la mesure de son talent car c’est une tirade très longue et très riche qui lui permet d’utiliser près de vingt tons différents (campagnard, agressif, amical, pédant, etc)

4 – Par combien de tons différents le comédien passe t-il ? Citez quelques uns de ces tons.

Le comédien passe par près de vingt tons, dont les suivants : agressif, amical, curieux, gracieux, pédant, campagnard, etc.

5 – En qui cette tirade est-elle une belle illustration de la langue française ? Citez des mots ou des phrases pour le prouver.

Kirujan et Tyron ont répondu …

Cette tirade est une belle illustration de la langue française car elle emploie un vocabulaire très riche et très élaboré. C’est une tirade très élégante : « Souffrez, Monsieur, qu’on vous salue », « C’est la Mer Rouge quand il saigne »


Jeu théâtral (seul ou en binôme)

Exercez-vous à dire la tirade avec expressivité (en alternant les répliques si vous êtes en binôme)


Travail d’écriture

Inventez à votre tour des insultes à l’encontre de Cyrano sur un autre ton (colérique, protecteur, méprisant, etc)

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